Three years of research into glass by the Mexico-based French artist.

Estrid Lutz's sculptures, made from industrial materials used in aeronautics and aerospace, work like inter-space portals, 'aerial oceans' flirting with the underwater abyss and the immensity of space. During her residency at the Cirva from 2020 to 2023, Estrid Lutz wanted to conduct "experimental cosmic journeys with no limits." There, the artist developed a series of glass works with unidentifiable shapes, forming complete environments, 'aqua worlds', like micro-organisms observed under the lens of a microscope. These forms, sometimes luminescent, sometimes transparent, sometimes bicomponent, reveal their intermediary nature, their suspended existence, like phosphorescent plankton leaving trails of light in their wake.
This Cahier du Cirva is dedicated to her research. Like a giant wave off the coast of Mexico, the images that intermingle and crash across the pages plunge us into the world of the artist, whose pieces, floating in this wave, are its infravies.

Edited by Estrid Lutz, Stanislas Colodiet, Camille Frasca.
Textes de Estrid Lutz, Stanislas Colodiet, Camille Frasca, Dorothée Dupuis.

Graphic design: Johanna Himmelsbach.

https://www.lespressesdureel.com/EN/ouvrage.php?id=11595&menu=0

published in July 2024

bilingual edition (English / French)

14 x 19,7 cm (softcover)

32 pages (40 color ill.)

The Surfer¨s Journal 34,1

page 120

THE SEA INSIDE

Estrid Lutz’s oceanic and cyberpunk-informed art of planned obsolescence.

Words by Scott Hulet

https://www.surfersjournal.com/issues/34-1/

Image of a gallery wall with an abstract painting, a vertical mixed-media piece, and a textured surface, with a purple carpeted floor and a dark curtain on the right side.
Black and white photo of surfers riding a large wave at the beach, with some surfers in the water and one on the wave.

« Prouvons que le chaos est navigable (…) Une vague qui pense, c’est l’âme humaine », clame Victor Hugo devant les marins de la Manche, alors qu’il est en exil sur l’île de Guernesey. Voilà qui interpelle et porte haut le flambeau de la vague pour quiconque la surfe et/ou la pense, pour quiconque y entend aussi l’écho de l’événement, petit ou grand, dont la vie, individuelle ou collective, fait notre âme par tout ce qu’elle mouvemente comme situation. Aussi incertaine qu’une vague qui déferle, l’écriture ici s’est élancée sur 2025 à partir d’une triple conjonction symbolique : le centenaire de Gilles Deleuze, philosophe ami du surf et dont les « multiplicités » ont tout pour outiller un siècle sensiblement chaotique ; les cinquante ans d’un départ en voyage solitaire où pendant deux ans la destination a répondu de la seule rencontre du jour ; les trente ans de la parution de L’entente du mouvement, un essai faisant de la mobilité un paradigme propre comme le voyage le révèle, comme le surf l’exprime, en étant en mouvement avec quelque chose (la vague) qui est lui-même en mouvement et métamorphosant d’autant notre sens de l’équilibre par l’engage ment, l’insertion dans un autre jeu d’appuis à exercer (...) Ce livre, comme une vague déferlant d’un côté comme de l’autre, commence en son milieu, offrant dans un sens comme dans l’autre, des textes à suivre ou à piocher. Autant de compositions narratives, réflexives veillant à donner à la mobilité la dimension effective (poétique, métaphysique, existentielle, sportive, sociétale, politique, écologique…) que notre époque lui incombe en se devant d’être navigable, chaos ou pas. Voyage au pays de l’advenance. »

Gibus de Soultrait, octobre 2025

Extrait “  Ainsi de pouvoir écrire chaos sensible, ce qui est en soi assez extraordinaire et qui interpelle en octroyant, comme le fait Hugo avec une vague qui pense, au chaos sa part d’échange avec ce que nous sommes, comme dans ce qui nous arrive. Écrire chaos sensible, c’est prouver que le chaos est navigable… En 1962, Theodor Schwenk, ingénieur hydraulique et chercheur en mécanique des fluides, titre son ouvrage, sur la « création de formes par les mouvements de l’eau et de l’air », Le Chaos sensible ^{21}, en référence et hommage à Novalis. Avec les connaissances scientifiques d’alors, Schwenk se plaît à compiler, par autant de textes, de dessins, de photos, ce que la nature profile comme formes ou écoulements tourbillonnaires, sinusoïdales, elliptiques… et dont il évoque à la fois l’ingéniosité et les correspondances. Dans la lignée de ce qu’avant lui Gaston Bachelard a su relever de phénoménologique et de poétique dans les éléments, Schwenk donne à son beau livre un mélange de connaissance et de songe qui fait force de référence comme d’inspiration. Par pour rien qu’il est continuellement réédité.

Page 54 Puis à son tour l’artiste surfeuse Estrid Lutz ^{22}, fort d’avoir trouvé dans le livre de Schwenk matière à ce que son esthétisme poursuit, titre Chaos sensible son exposition 2024 à Villefranche-Sur-Mer. Celle-ci recouvre de grandes pièces suspendues mobiles, en matériaux composites, toiles-sculptures bigarrées empreintes de la vibration (si ce n’est du bouillon lui-même) des fameuses vagues de Puerto Escondido, au Mexique, où l’artiste vit à la roots et surfe. Également, et dans une vision aussi délicate que sublime de ce que l’océan peut enchaîner comme sensibilité à son chaos déferlant, ci-gît toute une série de pièces en verre soufflé, comme flottantes dans leur fragilité propre, certaines colorées de liquide bleu, d’autres juste modelées, chacune respirant cette alliance des éléments à ouvrir une voix, tant matériellement palpable que puissamment cosmique. De ses créations réalisées au Centre International de Recherche sur le Verre et les Arts plastiques, Estrid Lutz explique : il y a des liens forts entre ma pratique du surf et le travail du verre soufflé que j’ai découvert au Cirva. Quand on surfe, il faut savoir s’adapter et se laisser transporter. Le verre est tout aussi imprévisible que la vague, il ne réagit pas toujours comme tu le souhaites. Lorsque Fernando, David, Cyrile et Lucie (techniciens du Cirva) soufflent, il se passe des choses que je n’ai pas anticipées. Chaud, le verre est comme un liquide, parfois il va plus vite que tu ne le penses, d’autres fois il faut réchauffer la matière. La question est de savoir comment j’interviens en tant qu’artiste. C’est un travail qui demande d’être présente, d’être là et d’agir. La même chose me fascine en surf, ce rapport à l’ultra présence. Mon travail n’est pas un travail conceptuel, les choses se décident sur le moment, je me laisse guider par le matériau (...) C’est un peu comme de l’improvisation chorégraphique. Le plus souvent, je réalisais une modélisation 3D de la pièce à faire et les verrier.ère.s la traduisaient en gestes, moi à leurs côtés. Si le résultat était différent du modèle proposé initialement, ce n’était pas grave. Comme avec le surf, finalement. Tu interagis avec un autre élément que tu ne peux transformer, qui est super puissant. » ^{23} Et l’artiste (comme le poète, le marin) d’être l’intercesseur de la sensibilité de cet élément super puissant.

Page 55 L´art, dans une vérité propre à son expression, répond ainsi à une nécessité, emplie autant d’audace à singulariser une forme que de fragilité à la trouver, à la tenir. L’art ne dit pas tant par son esthétisme dont, toute à la fois, il bouscule et assoit les critères, mais rebondit par l’authenticité d’un geste dont seul finalement l’artiste perçoit et pousse (ou pas) la dimension, à hauteur de ce qui en fait justement une nécessité, une exigence à créer. Au final, cela n’invite pas tant l’artiste à prétendre de ce qu’il fait qu’à se surprendre de ce qui lui arrive, caractérisant un défi à en singulariser une forme, à travailler et transmettre l’authenticité de celle-ci. Et par la même nous interpeller à voir, à écouter, à sentir... ““  

A person with a bald head and blue eyes is underwater, looking upward with their mouth open and lips pursed while a greenish balloon floats near their face. The person wears a shiny, metallic jacket and is surrounded by a dark background.
Open book featuring French and Italian text about sirens and the singing of sirens, with a minimal white background.
A transparent sculpture of a human brain with neon green and blue lighting effects, displayed on a reflective surface.

30 artists and 10 authors talk about water.

Works by Monira Al Qadiri, Mounir Ayache, Younes Ben Slimane, Alix Boillot, Bianca Bondi, Hera Büyüktaşcıyan, MadisonBycroft, Alex Cecchetti, Gaëlle Choisne, Jumana Emil Abboud, Klodin Erb, Simone Fattal, Estrid Lutz, Rose-Lynn Fisher, Yiannis Maniatakos, Lou Masduraud, Raffaela Naldi Rossano, Dala Nasser, Valentin Noujaïm & Maïa Tellit Hawad, Ariana Papademetropolous, Laure Prouvost, Pamela Rosenkranz, LaToya Ruby Frazier, Bassem Saad, Chiyuki Sakagami, Himali Singh Soin, Emilija Škarnulytė, Aïcha Snoussi, Kusukazu Uraguchi.

Published on the occasion of the eponymous exhibition at Villa Medicis, Rome, in 2024-2025. 

https://www.lespressesdureel.com/EN/ouvrage.php?id=11719&menu=4

Close-up of colorful marine coral and aquatic plants in an underwater scene.

Catalogue of the exhibition-manifesto curated by Nicolas Bourriaud, which takes as its starting point the integration of the notion of Anthropocene in today's artistic scene: the publication proposes an exploration of the output of a new generation of artists who are working on reality, and doing away with the traditional division between the notions of “culture” and “nature.” The catalogue reviews each exhibited work in detail, and offers an enlightening glossary.

The arts in the 2010s have integrated the notion of the Anthropocene, an era dominated by human activities and their impact on the planet.  Our representation of the world has thus evolved into a kind of between fields otherwise considered separate in Western thinking: the mineral, the animal, the vegetal, the machine, and the human, which seem to constantly exchange properties. In light of this new promiscuity, the traditional Western division between nature and culture gradually loses its pertinence. Crash Test is born from this revelation.
This exhibition gathers a generation of artists who deal with the Real on a molecular level, organizing connections between physical/chemical realities and human cultures.  These artists describe the current world (its societies, its cultures…) by working with the matter that composes it, rather than with strictly social or even personal facts. From this group of heterogeneous fields that are blended today, we also think of the image as a coat that envelops our world—an autonomous atmosphere, a layer of pollution.
The artists in Crash Test thus work with material reality. Whether this reality exists in its most basic or its most synthetic form, it raises the question: does a purely “natural” or purely “human” material still exist? Without adopting a scientific approach, these artists investigate particles that compose the physical universe, chemical compounds and synthetic mixtures. Some artists favour the reduction or pulverization of matter while others value reactions and chemical transformations. These are all then displayed in installations with an experimental nature, from pulverization (the reduction of the visible into basic elements) to solution (the dissolving of elements in a solvent) and finally to precipitation (the formation of molecules from aggregates).
With regard to these radically new approaches, we can speak of a new type of materialism—or analytical realism, which takes note of the West's separation of nature and culture as much as the classic subordination between matter and form, often confused here. A materialism wherein the central question would be: how does a state of matter represent a moment in history?
Nicolas Bourriaud

With Alisa Baremboym, Ivana Bašić, Bianca Bondi, Juliette Bonneviot, Jeanne Briand, Dora Budor, Johannes Büttner, Alice Channer, Caroline Corbasson, David Douard, Daiga Grantina, Roger Hiorns, Agnieszka Kurant, Sam Lewitt, Estrid Lutz & Emile Mold, Jared Madere, Enzo Mianes, Virginia Lee Montgomerry, Marlie Mul, Aude Pariset, Thiago Rocha Pitta, Pamela Rosenkranz, Thomas Teurlai, Artie Vierkant, Phillip Zach.

Published on the occasion of the eponymous exhibition at La Panacée-MoCo, Montpellier, from February 10 to May 6, 2018.

https://www.lespressesdureel.com/EN/ouvrage.php?id=6255&menu=4